Luke : l'album de la confirmation... Après avoir sillonné les routes de France en guise d'apéritif et titillé notre curiosité avec le titre "La Terre ferme", les bordelais de Luke débarquent avec leur troisième opus, "Les Enfants de Saturne". Rencontre avec le chanteur, Thomas Boulard.
Deux années se sont écoulées depuis la sortie de votre précédent disque. Aviez-vous besoin de prendre un peu de recul ? En fait, nous avons beaucoup tourné. La vie d'un disque se fait notamment sur scène. Pour notre précédent album, La Tête en arrière, ça a été le cas. C'est surtout cela qui a causé la distance entre les deux albums. On ne peut pas réellement dire que nous voulions prendre du recul, car dès que nous avons fini notre tournée, nous avons directement enchaîné avec la composition de ce disque. Pour nous qui l'avons vécu de l'intérieur, nous n'avons pas pris tant de temps que ça.
Vous allez sortir votre nouvel album, "Les Enfants de la lune". Vous l'avez rôdé sur de nombreuses scènes cet été. Quel a été l'accueil du public ? Nous avons l'impression que l'accueil a été plutôt bon. Mais, la perception que nous avons sur scène n'est pas forcément celle que les gens ont. Il faudrait aller leur demander. J'ai l'impression que ça s'est bien passé et que les mécaniques que nous avons essayé de mettre en place dans le disque, et qui étaient plutôt des mécaniques de live, ont plutôt bien fonctionné. Mais, il faudrait demander aux gens. Je ne veux pas présumer de quoi que ce soit.
Votre album est décrit comme étant plus puissant et plus brut que les précédents. A quoi cela est-il dû ? C'est dû à la tournée précédente. C'est aussi dû à l'arrivée à la guitare de Jean-Pierre Ensuque qui nous a rejoint pendant la tournée, en janvier 2005. Nous avons mis en place tous ensemble une mécanique de son pour la scène. Nous nous sommes dit que nous allions essayé de donner cette même impulsion et cette même énergie pour le nouvel album. Nous avons fait cela afin de ne pas avoir à nous dire "c'était mieux sur scène que sur le disque" ou "sur le disque, les chansons sont bien, mais ça manque un peu de pèche", afin de garder l'esprit du rock.
Qu'est-ce que l'arrivée de Jean-Pierre Ensuque vous a apporté ? Comme je te le disais, il est arrivé pendant la tournée. Donc, l'évolution s'est faite dans un premier temps pour le live. Nous avons pu aller plus loin dans les morceaux, dans les arrangements, dans la construction sonore du spectacle. Ca nous a d'abord amené une guitare lead en tant que telle et ensuite un équilibre. L'équilibre n'était pas le même quand nous étions à trois. Ca n'était pas la même chose. Nous avons trouvé un équilibre qui a fait que la sauce a fonctionné dans la composition à quatre, ce qui n'aurait peut-être pas été le cas à trois.
"Les Enfants de Saturne", le titre de votre album, fait référence à un mythe gréco-romain. Pourquoi une telle référence ? Pour plusieurs raisons. La première est que c'est comme cela que les médecins du 17ème siècle appelaient les gens dépressifs ou mélancoliques qu'ils n'arrivaient pas à qualifier de manière psychanalytique. La seconde lecture fait en effet référence au mythe de Saturne dévorant ses enfants. Et puis Saturne est également le dieu du temps, Chronos, donc le dieu du tempo, donc certainement des musiciens.
Est-ce pour cela que l'on retrouve des gravures dans le livret de votre album ? Oui, parce que le disque est aussi une association de monstres. Une joyeuse confrérie de monstres, de gens un peu en dehors de la société, un peu fous. On voulait que ça se retrouve dans le visuel, dans notre monstruosité. Là en l'occurrence formelle dans les dessins, mais qui ne sont pas autre chose que le témoin de ce que nous sommes tous à l'intérieur.
Parmi tous les titres assez vifs de votre album, il y a un seul titre un peu plus calme, "La Transparente". Vous aviez envie de calmer le jeu, ou est-ce que le thème s'y prêtait davantage ? La Transparente est une chanson guitare sèche, un peu à la chanson française. Nous avons voulu la faire un peu claudiquer, donc lui donner un peu un rythme de fanfare usée, de reggae blanc. Nous n'avons jamais voulu essayé de faire groover comme la Jamaïque, mais de faire comme du reggae, mais avec nos moyens à nous. Comme les Clash ont pu faire en reprenant des standards ou même en faisant du reggae blanc.
Comment avez-vous bossé pour cet album ? Nous avons bossé comme si nous partions en concert. Nous étions en local de répétition et nous préparions l'album comme si nous étions en tournée et comme si nous devions préparer le spectacle, pour maîtriser au mieux les morceaux et pour pouvoir arriver en studio et les faire en live.
Quelle a été la répartition des rôles de chacun ? Ca s'est fait de manière naturelle. C'était la même répartition que nous avions mise en place quand nous étions en tournée, chacun jouant son instrument, tout en ayant une vision des instruments des autres. Ce n'est pas très schématique, il n'y a pas de règles absolues. Ca s'est imbriqué. Tout s'est fait harmonieusement.
Vous avez une nouvelle fois collaboré avec Daniel Presley pour l'enregistrement, la réalisation et le mixage de votre album. Quelle touche supplémentaire apporte-t-il à votre musique ? Justement, celle de ne pas en avoir. Nous lui avons demandé de ne pas faire ce qu'il fait d'habitude et de faire comme on voulait. En fait, nous avons longuement réfléchi. Nous ne savions pas trop qui prendre. Nous avions un choix multiple de producteurs. Chacun ayant soit collaboré avec des gens connus, soit collaboré avec des gens moins connus. Nous nous sommes dit que pour changer, il fallait prendre le même, bêtement. Parfois, il faut prendre la même recette pour pouvoir y amener ses propres ingrédients. C'est ce que nous avons demandé à Daniel. Nous lui avons demandé de se travestir un peu, de nous écouter et de faire ce que l'on voulait. Nous avons participé au processus de A jusqu'à Z. Comme on le connaissait bien, il n'avait rien à nous prouver, alors il a joué le jeu.
Comment envisagez-vous la suite de votre tournée ? J'espère que ça va bien se passer et que les gens vont bien s'approprier les morceaux, s'imprégner du disque.
source :
http://www.musicactu.com/